Quand l’Art dialogue avec la pierre

Un dispositif audacieux organisant la rencontre entre deux mondes : celui du rêve, de l’abstraction et des idées et celui tangible et terre à terre du monde de la construction : un objectif toujours couronné de succès cinq ans après son lancement.

Il y a cinq ans, en décembre 2015, le ministère de la Culture lançait l'initiative « 1 immeuble, 1 œuvre ». À cette occasion, des promoteurs, des bailleurs sociaux et des réalisateurs d’opérations foncières rencontrent des artistes contemporains. Le but ? Valoriser l’architecture et soutenir la création contemporaine en finançant l’acquisition d’œuvres artistiques dans les programmes immobiliers…

Quand l’art et la pierre se rencontrent. Une opération plus naturelle qu’on ne le pense, dont le succès ne faiblit pas : ayant réuni 13 participants à ses débuts, elle comptabilise aujourd’hui 55 candidats. Au total, ce sont près de 350 œuvres d’art qui participent à l’amélioration de la qualité de vie des utilisateurs, qu’ils soient habitants des immeubles du dispositif, ou salariés travaillant dans les bureaux, en leur facilitant l’accès à une création artistique qui sort des galeries et des musées pour intégrer leur quotidien.

Une grande diversité dans la création. « Les œuvres présentées traversent à peu près tous les champs disciplinaires de l’art : la peinture, l’installation, la sculpture, la photographie, parfois même la vidéo, les nouveaux médias », explique  François Quintin, délégué aux Arts Visuels du ministère de la Culture. « Tous ces projets permettent d’avoir une vision d’une grande diversité sur la scène artistique française actuelle. Les œuvres renouent un dialogue avec l’architecture et permettent au quotidien aux habitants et aux visiteurs de pouvoir échanger et dialoguer sur les formes contemporaines de l’art. »

Fresque, photographie et pavés de verre. Cette année, le comité d’experts de la création artistique du dispositif « 1 immeuble, 1 œuvre » s’est réuni pour sélectionner parmi les 171 œuvres, les lauréats 2021 et distinguer les duos commanditaire-artiste lauréats. L’artiste franco-ivoirien Cyprien Chabert et Marignan, Sacha Goldberger et Ardian, et Carmen Perrin et Vinci ont été récompensés.

Cyprien Chabert a réalisé « Le Bayou » commandé par Marignan et le Groupe Duval : trois fresques en noir et blanc dessinées au marqueur acrylique dans les halls du programme immobilier O’2 Parcs (Hardel Le Bihan Architectes), à Nantes. Ses fresques végétales, comme sorties d'une jungle rêvée, sont effectuées au marker acrylique noir sur fond blanc. « J’aime beaucoup l’univers végétal, explique l'artiste. Et, pour ce projet, je me suis inspiré du bayou, du Mississippi et des GIs, qui ont donné le premier concert de jazz de France à Nantes. C’est en accord parfait avec ce quartier, très vert et vivant. Je travaille aussi dans un esprit « monumental fragile » : mes créations sont généreuses, mais se fondent dans le décor. D’ailleurs, ça intrigue beaucoup les futurs résidents, y compris les enfants qui restent à mes côtés. Tous s’approprient l’œuvre, ce qui crée un lien avec ce lieu et aussi entre eux. Mon intervention est quasiment un prétexte à la rencontre et je trouve ça remarquable que Marignan encourage ce type de démarche. »

Sacha Goldberger a réalisé « Les Compagnons Renaissance », commandés par Ardian : six photographies façon « tableaux de maîtres » imprimée sur la bâche installée temporairement en façade du bâtiment parisien. Chacune représente un des ouvriers du chantier de l’ensemble immobilier posant en costume d’époque Renaissance (en clin d’œil au nom donné au projet), son outil de travail à la main.

Carmen Perrin a réalisé « Nuée d’Iris », commandée par Vinci Immobilier, une composition colorée et translucide de milliers de pavés de verre sur les neuf étages de la façade Est de l’immeuble de bureaux Illumine (Agence M. Vilo Bach), à Paris. « Depuis presque trente ans, la référence à la lumière naturelle est au cœur de mes interventions dans des contextes architecturaux et des sites paysagers, résume Carmen Perrin. Mes recherches s'inscrivant essentiellement dans un langage sculptural, ce qui m'intéresse, c'est de mettre en relation les qualités d'un matériau avec la transformation continue de la lumière sur un site.  (…) Cette œuvre, monumentale, « respire » selon le rythme de l'intensité de la lumière sur le site, selon les interférences liées à la transparence du verre qui révèle la couleur et qui parfois la met en concurrence avec d'autres reflets. »

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