A lheure actuelle, les jeunes entrent sur le marché du travail vers 23 ans. Pourtant le premier achat immobilier seffectue vers 32 ans. Ces quelque 10 ans de décalage sont notamment dus au fait que 87% des embauches sont effectuées en contrat à durée déterminée (CDD). Or il est extrêmement difficile dobtenir un prêt immobilier dans cette situation considérée comme trop précaire par les banques.
CDD : 87% des embauches. Les contrats à durée indéterminée (CDI) se font rares sur le marché de lemploi. En 2015, selon les chiffres de la DARES (Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques), ce ne sont pas moins de 87% des embauches qui ont été faites en CDD. Une situation dautant plus précaire que seuls 20% de ces CDD se transforment en CDI au bout d'un an. 70% des contrats en CDD sont signés pour des durées inférieures à un mois.
Le point de vue des banques. 3,5% des emprunteurs ont obtenu un crédit avec un CDD en 2016. Pourquoi ? Parce que « par définition un CDD est un contrat qui prendra fin au bout de quelques mois alors que la durée initiale dun crédit est de 20 ans en moyenne avec une durée de remboursement effective de 7 à 10 ans Dans ces conditions, il est difficile pour les banques de prêter à long terme en ayant une visibilité à court terme seulement sur la pérennité des revenus qui permettront à lemprunteur de rembourser sa mensualité », considère Jérôme Robin président de Vousfinancer. Résultat ? Nombre de banques refusent purement et simplement détudier les dossiers demprunt immobilier de ces salariés.
Emprunter en CDD : difficile mais pas impossible Quelques établissements acceptent de se pencher sur les dossiers au cas par cas. Leurs critères : le risque, lactivité des comptes, lancienneté dans la banque mais aussi le secteur dactivité. Dans les milieux de lhôtellerie, de la restauration ou encore de la santé, les CDD sont la norme pour la plupart des salariés « Sil sagit dune personne régulièrement en CDD notamment en lien avec le secteur dactivité dans lequel elle travaille, les revenus du CDD peuvent être pris en compte car considérés comme récurrents », estime Sandrine Allonier, responsable des relations banques chez Vousfinancer. Etre en couple avec une personne qui a été embauchée en CDI est un vrai plus.
Pour mettre toutes les chances de son côté Lemprunteur devra cumuler les CDD depuis plus de deux ans. Des comptes bien tenus et sans découverts augmenteront les chances de voir son dossier accepté. « En revanche, un jeune de 25 ans qui vient de décrocher son premier emploi en CDD devra patienter avant de pouvoir souscrire un crédit. Parfois, il sera plus facile dobtenir un crédit dans sa propre banque ou dans celle de ses parents car on a démontré sa capacité à être un bon client », conseille Sandrine Allonier, responsable des relations banques chez Vousfinancer.
Certains CDD ont bonne réputation. Les banques considèrent les contrats courts de la fonction publique (dEtat, territoriale, hospitalière) y compris les vacataires et contractuels comme des CDI. Mieux : les emprunteurs peuvent profiter doffres de garantie ou de taux qui leur sont propres.
Les CDD : une étape professionnelle provisoire. Difficile de se projeter dans lavenir tant que lon na pas signé un CDI : acquérir un bien immobilier reste actuellement de lordre de lutopie « Mais cette situation nest que transitoire puisque au final, 85% des Français travaillent en CDI. Il faudrait donc trouver le moyen de garantir la période de "non CDI", le temps que la situation professionnelle se stabilise... », analyse Sandrine Allonier.
Quelles solutions ? Pour que les jeunes puissent accéder à la propriété, il faudrait imaginer une façon de garantir la période de « non CDI ». Ce qui pourrait se faire à la manière dune caution. Les risques seraient évalués en fonction du profil de lemprunteur. Les emprunteurs pourraient souscrire une garantie « spéciale CDD » financée par emprunt. Le coût de cette garantie pourrait être comprise dans le prêt. La partie non utilisée serait remboursée lors du passage en CDI. « Cette garantie permettrait à la banque d'assurer son rôle de prêteur sans en assumer tous les risques et tout en étant rentable pour l'organisme acceptant de la mettre en place », conclut Jérôme Robin.