Urbanisme : quand la nature inspire l’architecture

« S'inspirer du vivant pour rêver et transformer la ville », c’est le challenge proposé par la 13e édition du Prix des Espoirs de l’Architecture organisé par BNP Paribas Real Estate. Objectif : attirer les étudiants de 4e et 5e année sur le terrain prometteur du biomimétisme.

La T(h)ermitière, un projet qui s'inspire du vivant pour bâtir durable et responsable.

L'architecture biomimétique, vous connaissez ? En fait, il s'agit de s'inspirer de la nature pour bâtir autrement. « Le vivant regorge d'innovations extraordinaires qui peuvent révolutionner la manière dont nous imaginons et concevons les bâtiments. Le sujet du biomimétisme de cette année nous amène à rêver d'une construction de la ville plus durable, qui se veut résiliente, réversible, et inclusive afin de répondre de manière concrète aux défis environnementaux et sociaux » énonce Catherine Papillon, Directrice Développement Durable / RSE de BNP Paribas Real Estate. Le 22 mars dernier, les équipes finalistes retenues ont défendu leur proposition devant un jury composé de membres de la Direction Générale de l'acteur immobilier, et d’architectes renommés.

La T(h)ermitière se distingue notamment par son puits central qui laisse entrer l'air et la lumière dans les logements.

Plongée en entomologie. Pour imaginer « La T(h)ermitière » implantée à Sevran, Clara Grange et Salma Harrak, les lauréates de cette édition, se sont penchées sur les qualités de bâtisseur du termite boussole australien : se repérant grâce au champ magnétique de la terre, cet insecte érige des nids à étage et à galeries de grande hauteur, toujours alignés selon un axe nord-sud. Une particularité qui permet à la colonie de disposer d’un endroit frais (l’ombre est toujours présente sur un des côtés de la structure), de se préserver en cas d’inondations et de stocker la nourriture durant la mauvaise saison.

Ecologique et coopératif. Calqué sur cette image, le projet de Salma Harrak et Clara Grange est un ensemble de logements étudiants partagés se présentant comme un volume simple parcouru par une faille : un espace central autour duquel s’organise la vie en communauté, comme dans une termitière. De part et d’autre, desservis par une coursive, sept niveaux d’appartements partagés bénéficient d’une lumière traversante dans leurs séjours. Inspirés de l'organisation des termites également, les programmes en rez-de-chaussée qui prévoient l’installation d’un café et un supermarché coopératifs favorisant la création et le maintien de liens entre les habitants. Un projet habité qui a également remporté le Prix Coup de Cœur des internautes.

Un papillon comme source d’inspiration. L’un des deux Prix spéciaux du Jury à été décerné à Luka Forrester et Quentin Godiveau pour « Polychromie » : un projet qui vise à tirer parti des avantages de la couleur en tant qu’outil bioclimatique. Vision poétique inspirée du Morpho, un papillon aux ailes bleu métallique survolant les cours d’eau des forêts tropicales d’Amérique Centrale, « Polychromie » s’inspire de la nanostructure à l’origine de l’iridescence du lépidoptère pour assurer la ventilation passive du bâtiment grâce à la reproduction de cette nanostructure sur une surface vitrée.

Idées lumineuses. Ce projet résonne également avec les lames colorées de la Tour Glòries de l'architecte Jean Nouvel et avec celles du Métropole Rouen Normandie de l’architecte Jacques Ferrier. Le bâtiment imaginé par ces deux étudiants à l’ENSA Paris Malaquais regroupe en effet différents types de brise-soleil en verre dichroïque : les lames de verre de couleur réfléchissante jaune-vert filtrent la lumière aux plus grandes longueurs d’onde, les colorant différemment selon les conditions d’observation et mitigeant les apports caloriques du soleil.

Richesses endormies. C’est Nina Pizzi, étudiante en bicursus Architecte / Ingénieur à l'Ecole des Ingénieurs de la Ville de Paris (EIVP) et à l'ENSA Paris La Villette qui a remporté le deuxième Prix spécial du Jury. Sa proposition : favoriser la « réappropriation fertile » d’édifices post-industriels par les habitants par le biais de programmes mixtes et flexibles. À la source de son inspiration, une richesse ignorée : le bois mort. Sur pied ou au sol, il fait le bonheur de milliers d’insectes et l’on a recensé pas moins de 35 espèces de mammifères (en plus des amphibiens, reptiles, gastéropodes et champignons) qui, par son biais, bénéficient du gîte et du couvert. L’idée de Nina Pizzi s’inspire de ce microcosme riche et discret, et imagine de redonner vie à des édifices voués à l'abandon en recréant, en parallèle, un écosystème durable à l’échelle du bâtiment. Comment ? En le rendant habitable pour d’autres usages et réinsufflant de la vie à sa façade en lui apportant du relief et des balcons.

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