Coup de moins bien. 20 915 logements neufs ont été réservés par les particuliers (ventes au détail) au troisième trimestre 2021 révèle lObservatoire de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) paru ce 18 novembre. Cest une baisse de 3,1 % par rapport au très atypique troisième trimestre 2020, une période marquée par les restrictions sanitaires. Mais si lon se base sur le troisième trimestre 2019, avant la crise, les ventes au détail plongent de 23,7 % ! Autre chiffre significatif : sur les neuf premiers mois de 2021, les particuliers ont effectué 78 673 réservations, contre 93 057 sur la même période de 2019. « Ces chiffres constituent évidemment une déception, car la demande est bien présente » regrette Pascal Boulanger, le président de la FPI. Selon la dernière enquête promoteurs de lInsee, cette même demande est forte au troisième trimestre 2021 et reste au-dessus de sa moyenne de longue période.
Crédit moins facile. Le recul des ventes tient dabord au resserrement des conditions de financement. Afin de réduire les risques de crédit, le Haut conseil de stabilité financière (HCSF) plafonne le taux deffort des emprunteurs à 35 % de leurs revenus et les durées de remboursement à vingt-sept ans. Pour respecter ces règles, les banques demandent davantage dapport personnel aux emprunteurs. Ce dernier, dans le neuf, progresse de 11,1 % sur les neuf premiers mois de 2021 selon lObservatoire Crédit Logement/CSA. Nombre dacquéreurs, qui nont que peu ou pas dapport, se voient exclus du marché. « Le taux de désistement (pourcentage dachats abandonnés en cours de route NDLR) monte à 23 %, un niveau élevé essentiellement dû aux refus de crédit » indique Pascal Boulanger.
Manque de neuf. Lautre raison de la baisse des réservations, cest le défaut doffre. « Nous manquons de nouveaux programmes, ce qui finit forcément par peser sur la demande. Ne trouvant pas chaussure à leur pied dans le neuf, nombre dacquéreurs se reportent sur lancien dont les prix s'envolent » pointe Marc Villand, vice-président de la FPI. 104 901 logements neufs étaient en vente à fin septembre 2019, ils ne sont plus que 93 340 un an plus tard et tombent à 84 724 (dont seulement 5 195 maisons) en septembre 2021 Loffre actuelle représente 9,8 mois de fonctionnement du marché alors quun taux découlement de douze mois est signe déquilibre entre loffre et la demande. Bref, le marché du neuf est plutôt tendu.
Difficultés de production. Les promoteurs ont du mal à alimenter le marché. 18 965 logements ont été mis en commercialisation au troisième trimestre 2021, un recul de 5 % par rapport à la même période de 2021 et un plongeon de 23,7 % par rapport au troisième trimestre 2019. Sur les neuf premiers mois de 2021, les lancements de programme chutent de 17 % par rapport aux neuf premiers mois de 2019. « Le nombre de permis de construire baisse régulièrement, les délais de montage des opérations sallongent, les recours contre les permis de construire sont toujours aussi nombreux, ce qui pèse forcément sur les mises en vente » analyse Marc Villand. Et dajouter : « Plutôt que dun choc de loffre, nous assistons à un choc de la pénurie de loffre »
Inflation sur le neuf. Qui dit tension dit hausse des prix. Au troisième trimestre 2021, le mètre carré neuf sétablit à 4 585 € hors parking et en TVA à 20 % sur la France entière, une progression de 3,7 % par rapport au troisième trimestre 2020. LIle-de-France monte de 1,4 % sur la période (5 319 €/m²), les régions progressant de 4,8 % (4 340 €/m²). « Les promoteurs luttent pour contenir les prix pour maintenir la solvabilité de leur clientèle. Leur objectif, cest de produire des logements abordables » explique Marc Villand. Pas simple : les professionnels doivent faire face à une pénurie de matériaux, à des terrains chers et à une Réglementation environnementale 2020 qui dès lan prochain va augmenter les performances du neuf tout en le décarbonant.
Le prix des logements neufs dépend de facteurs économiques : terrain, coûts de construction, frais financiers, etc. Il tient aussi à des questions de localisation. Dans une agglomération donnée, le lancement de programmes sur une adresse de grand standing, aux terrains plus chers, fait forcément monter les moyennes. Attention également aux moyennes : un cinq pièces avec terrasse au dernier étage coûtera plus cher au mètre carré que le même bien avec balcon situé au troisième étage.
Vers la relance ? Les professionnels voudraient bien réduire cette tension. « Nous sommes demandeurs doffre, de permis de construire » martèle Pascal Boulanger. « Les Français veulent des logements confortables et performants. Avec un marché, la France se prive dun puissant levier de croissance et dun accélérateur de la transformation des villes vers un modèle plus vert, plus agréable et plus abordable. » Certes, des initiatives sont prises, avec les propositions de la Commission Rebsamen pour accélérer la construction, les aides aux maires bâtisseurs, les fonds dédiés à la requalification des friches urbaines. Mais cette relance prendra du temps. Les particuliers ont sans doute intérêt à ne pas tarder à se lancer pour profiter de loffre actuelle et dun mètre carré qui sera plus cher demain

